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Trabajos académicos Agro-économie

Analyse de la demande des ménages en maïs moulu local et importé selon leur statut socio-économique, de Port-au-Prince à Cance

Autor principal
Richardson BIEN-AIME
Coautores
Alix DAMEUS
Palabras clave maïs moulu demande des ménages catégorie socio-économique facteurs hors-prix

Resumen

Depuis 1990, la hausse des prix des aliments de base en Haïti aggrave l'insécurité alimentaire des ménages pauvres. Cette étude analyse la demande de maïs moulu (local, Gradoro dominicain, Alberto américain) par catégorie socio-économique à Port-au-Prince et sur l'axe Mariani/Cance, via un indice de statut socio-économique. Le maïs local est le moins cher, mais le moins apprécié et le moins consommé. La demande dépend du prix et de la qualité (conservation, texture, impuretés, goût). L'étude recommande d'améliorer le maïs local et d'encourager sa transformation.

Introducción

L’agriculture constitue une caractéristique essentielle du monde rural et joue un rôle particulier au niveau économique en Haïti. Elle est le principal moteur de l'économie rurale. Elle contribue de façon importante au revenu national, aux exportations, à l’emploi et à l’investissement. Elle constitue la base des sources de revenus de la majorité des agriculteurs. De plus, l’agriculture joue un rôle crucial pour la sécurité alimentaire et cette garantie est l’un des enjeux majeurs de la réduction de la pauvreté. La production locale des denrées de base (riz, maïs, tubercules, haricot…) fournit la plus grande partie des calories aux ruraux de faibles revenus. Les petites exploitations agricoles en Haïti (exploitations familiales comprises entre 0.5- 1.5 ha) produisent l’essentiel de ces denrées alimentaires. La production totale des principales céréales (maïs, sorgho et riz) qui était de l’ordre de 400 000 tonnes métriques en 1990 est passée à 383,000 tonnes métriques en 2006 (PAUL, 2005).
En particulier, la production de maïs, principale céréale cultivée des exploitations agricoles du pays est passée de 205 691 tonnes métriques (TM) en 1986 à 195 000 TM en 2006 après avoir atteint les pics de 230 000 TM en 1994 et 1997 et 250 000 TM en 1999 (SECAL, 2008). Néanmoins, une forte partie de la consommation de maïs est satisfaite par l’importation et l’une de nos préoccupations majeures reste alors de savoir comment se manifeste la demande des ménages-consommateurs répartis sur une partie du territoire haïtien vis-à-vis des marques de maïs moulu, qui, en apparence, semblent être substituables.

Objetivos y métodos

Objectif général
Il s’agit d’analyser la demande des ménages-consommateurs sur les marchés du maïs moulu local et importé (Gradoro & Alberto) par catégorie socio-économique dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince et à proximité de l’axe routier Mariani/Cance dans le sud d’Haïti.

Objectifs spécifiques
Nous tenons spécifiquement à :
1. Déterminer le prix moyen par marché sur une base annuelle des différentes marques de maïs moulu (local, Gradoro, Alberto).
2. Déterminer et comparer le niveau moyen d’appréciation des différentes marques de maïs moulu par catégorie socio-économique de ménages-consommateurs.
3. Déterminer la demande annuelle totale des différentes catégories socio-économiques de ménages-consommateurs pour chaque marque de maïs moulu et comparer les moyennes de demande des catégories socio-économiques pour chaque marque.
4. Déterminer et comparer les parts moyennes de demande annuelle de chaque marque de maïs moulu dans la demande totale de maïs moulu à l’intérieur d’une catégorie socio-économique et entre les catégories socio-économiques.

Méthodologie

La démarche suit sept étapes : recherche documentaire, enquête exploratoire, typologie, échantillonnage, enquête formelle, dépouillement et analyse des données.

- Recherche documentaire et enquête exploratoire: consultation de documents sur la production, l'importation et la consommation du maïs moulu ; visites de terrain sur le circuit aire métropolitaine de Port-au-Prince – Cance pour inventorier les marchés, les marques présentes et leurs prix, et relever, pour tous les ménages, quatre types d'informations : biens possédés en propriété, biens occupés en faire-valoir indirect, établissements scolaires/universitaires fréquentés par les enfants, activités exercées. Les valeurs minimales et maximales absolues (en gourdes) de chaque élément ont été déterminées pour toute la zone.

- Populations statistiques: (1) les ménages-consommateurs de maïs moulu de la zone d'étude, toutes catégories confondues ; (2) les marchés du même circuit.

- Typologie: les ménages sont classés à l'aide d'un "indice de statut socio-économique (ISSE)", indice composite pondéré (0 à 1) construit à partir des quatre critères ci-dessus, jugé plus objectif que le seul revenu. L'ISSE est la somme des indices partiels (valeur déclarée normalisée entre le min et le max globaux) multipliés par le poids relatif de chaque élément (dérivé de sa valeur représentative). Quatre catégories en résultent : faible [0–0,25], moyenne inférieure ]0,25–0,50], moyenne supérieure ]0,50–0,75], élevée ]0,75–1].

- Échantillonnage: stratifié et aléatoire. 19 marchés tirés au sort sur 58 (32,75 %) ; 35 ménages-consommateurs par catégorie socio-économique, soit 140 ménages.

- Enquête formelle: questionnaire à questions fermées, semi-ouvertes et ouvertes. Données qualitatives sur les sept facteurs hors-prix (conservation, paille, impuretés, couleur, texture, facilité de préparation, goût) ; données quantitatives sur prix, quantités demandées et valeurs monétaires servant au calcul de l'ISSE.

- Dépouillement: grille de dépouillement, puis Excel, R et SPSS.

- Analyse des données:
- Calculs : ISSE, indice d'appréciation (FHP = somme de notes 0/1 sur les sept facteurs hors-prix), part de demande de chaque marque, prix moyen et niveau d'appréciation moyen (moyenne arithmétique).
- Modèles économétriques (hypothèses 1 à 3) : 12 régressions linéaires multiples (une par marque et par catégorie) estimées par les MCO, où la demande mensuelle d'une marque dépend de son prix, des prix des deux autres marques et des indices d'appréciation des trois marques. Validation par tests de Student, de Fisher, d'hétéroscédasticité (Breusch-Pagan) et de normalité des résidus (Shapiro-Wilk) sous SPSS 23.
- Test statistique (hypothèse 4) : test unilatéral de comparaison de deux moyennes (Z) sur les parts de demande des marques importées entre les catégories faible et élevée, au seuil de 5 % (rejet de H0 si Z > 1,645).

Resultados y discusión

Le maïs moulu local est la marque la plus compétitive en prix sur les 19 marchés de l'échantillon (22,67 à 24,75 gourdes/lb), suivi de près par le Gradoro (23,33 à 24,75 gourdes/lb), tandis que l'Alberto est nettement plus cher (37,67 à 40,00 gourdes/lb). Cet avantage de prix ne se traduit pourtant pas en demande : sur les sept facteurs hors-prix (conservation, paille, impuretés, couleur, texture, facilité de préparation, goût), le maïs local est le moins apprécié dans les quatre catégories socio-économiques (niveau moyen de 2,4 à 2,71 sur 7), le Gradoro est le plus apprécié de la catégorie faible (5,11) et l'Alberto domine dans les trois autres catégories (6,34 à 6,63). La demande suit ces appréciations : le maïs local est partout la marque la moins demandée (11 à 16 % du panier, sauf 18,7 % dans la catégorie faible), le Gradoro est prioritaire dans les catégories faible et moyenne inférieure (54,9 % et 47,2 % de la demande totale) et l'Alberto, malgré son prix, l'emporte dans les catégories moyenne supérieure et élevée (53,0 % et 49,8 %). Les douze régressions (MCO, validées par les tests de Student, Fisher, Breusch-Pagan et Shapiro-Wilk) confirment que la demande de chaque marque est toujours significativement expliquée par son propre prix, en sens inverse (par exemple, une hausse d'une gourde du prix du maïs local réduit sa demande de 0,62 à 1,15 lb/mois selon la catégorie ; pour le Gradoro, de 1,24 à 2,65 lb/mois ; pour l'Alberto, de 0,50 à 2,62 lb/mois), tandis que les prix des autres marques agissent généralement dans le même sens, ce qui indique que les trois marques sont des substituts proches ; les facteurs hors-prix d'une marque augmentent sa demande et diminuent celle des concurrentes, mais leur significativité varie selon la catégorie (R² de 0,32 à 0,86). Ainsi, la première hypothèse (les facteurs hors-prix comme principale cause de la baisse de demande du maïs local dans toutes les catégories) n'est pas vérifiée, c'est plutôt le prix qui domine ; la deuxième (le prix du Gradoro comme principal levier de sa demande) est vérifiée ; la troisième (l'Alberto comme marque la plus demandée partout grâce à ses qualités) est rejetée, ses facteurs hors-prix n'étant significatifs que dans les catégories faible et moyenne supérieure ; enfin la quatrième est confirmée par des tests Z (|Z| = 6,50 et 7,19 > 1,645) : les parts de demande des maïs importés sont significativement plus élevées dans la catégorie élevée que dans la catégorie faible. En synthèse, l'auteur conclut que le consommateur n'est pas guidé uniquement par le prix mais aussi par les qualités intrinsèques du produit et par les prix des substituts, ce qui explique que le maïs moulu local, pourtant le moins cher, reste le moins présent dans les paniers de toutes les catégories ; une amélioration de sa qualité accroîtrait sa demande au détriment des marques importées, situation d'autant plus préoccupante que ces dernières sont surtout demandées par les ménages les plus aisés, au désavantage des producteurs et commerçants locaux.